Carnets de voyage myanmar inle bagan

Published on octobre 18th, 2015 | par Charlotte

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Myanmar, de Bagan au lac Inle

Du 9 au 20 mai 2015

De retour à Mandalay après quelques jours passés dans le nord, nous nous accordons une journée de repos. Chloé a décidé d’aller faire du yoga en Thaïlande et s’occupe de réserver un billet d’avion tandis qu’Emilie et moi planifions la suite de notre voyage. Nous décidons d’aller visiter Bagan et ensuite le lac Inle.

La magie de Bagan

A notre arrivée à Bagan, la sortie du bus nous fait l’effet d’une entrée dans un four. Il fait un million de degrés ! On trouve une voiture pour rejoindre le centre de la petite ville de Nyaung U à proximité du site, et on va s’installer dans un petit hôtel pas cher et recommandé par d’autres voyageurs.

Le lendemain, nous partons à la découverte des merveilles de Bagan. Du 9ème au 13ème siècle, Bagan fut la capitale du premier empire birman. Aujourd’hui, c’est un immense site archéologique, étendu sur environ 50 kilomètres carrés, et comprenant plus de 4000 pagodes, stupas et temples bouddhiques.

bagan myanmar

Nous louons un e-bike, c’est-à-dire un petit vélo/scooter électrique. C’est un moyen de circuler très populaire à Bagan car c’est pratique et pas trop cher. Notre super e-bike nous permettra de nous promener en toute indépendance et d’aller voir les temples éloignés. Par contre, on est quand même deux sur cet engin minuscule et on roule la plupart du temps dans le sable, ce qui peut se révéler un peu casse-gueule…

bagan scooterbagan velo

 

Comme le dit si bien le poétique guide du Routard, Bagan est un rêve, Bagan est magique… Pour le rêve je ne sais pas (il fait quand même très très chaud), mais c’est vrai que Bagan a quelque chose de magique. Je redoutais un peu que le site soit dénaturé par le tourisme mais c’est tellement grand qu’il est facile de s’éloigner de la foule et de se retrouver seul.

 [Photos de Bagan]

myanmar bagan

Vie quotidienne au Myanmar

Dans l’article précédent je vous avais parlé du fait que le gouvernement avait décidé de changer la capitale du pays il y a quelques années. Dans le même genre de décisions bizarres, le même gouvernement a décidé de changer le côté de la conduite sur les routes.

Auparavant, les voitures roulaient à gauche. Et puis un jour ça a changé. Le gouvernement a décidé qu’on roulerait à droite. Le problème c’est que la plupart des véhicules avaient leur volant à droite, et qu’il n’est pas évident de changer un volant de côté. Donc tout le monde roule à droite mais la plupart du temps avec le volant à droite également, ce qui n’est vraiment pas top niveau sécurité, surtout lorsqu’il s’agit de dépasser. Du coup, les conducteurs s’entraident en indiquant à la voiture qui les suit si elle peut dépasser ou non, grâce aux clignotants.

myanmar circulation

Un autre aspect de la vie quotidienne, ce sont les coupures de courant qui sont très fréquentes. Pas un jour sans que l’électricité ne disparaisse, que ce soit pour quelques minutes ou quelques heures. Quand on sort le soir, mieux vaut emporter une lampe, pour ne pas risquer de devoir rentrer dans la nuit noire.

Mais pas d’électricité, ça ne veut pas seulement dire pas de lumière. Ça veut aussi dire pas d’air conditionné, pas de ventilateur (et sous 40 degrés à l’ombre, ça peut être dur !) et évidemment pas de wifi.

Je me souviens d’une nuit à Mandalay, un orage dans le lointain et la clim qui s’arrête. Dehors la nuit est chaude et lourde. Petit à petit l’air frais se réchauffe et le dortoir devient étouffant. Difficile de dormir, je comate, assommée de chaleur. Au petit matin, l’électricité revient, la clim se remet en route et je me rendors paisiblement pour deux heures de sommeil, au frais cette fois. Ce sont les aléas de l’accès à l’électricité au Myanmar…

myanmar electricite

Trois jours de trek

Avec Emilie nous avons décidé de partir pour trois jours de treks entre Kalaw et le lac Inle. C’est une activité très appréciée des voyageurs que de rejoindre le lac à pied, en traversant pendant quelques jours la campagne et les villages de la région.

myanmar trektrek myanmar

 

Nous arrivons à Kalaw à deux heures du matin, débarqués du bus en pleine nuit. Au Myanmar, les bus de nuit sont presque toujours en avance et vu qu’ils partent souvent en début de soirée, ils ont une fâcheuse tendance à arriver à destination en plein milieu de la nuit.

Nous nous retrouvons sur le trottoir en compagnie d’Augustin et Laure, un couple de français. Nous sommes encore un peu hébétés de sommeil, brutalement réveillés en pleine nuit. Ensemble, nous nous dirigeons vers le Honey Pine Hotel. Nous y négocions deux chambres pour terminer la nuit.

L’hôtel et les chambres ont des airs de chalet montagnard. Emilie et moi prenons possession de notre chambre, sans doute la meilleure que nous aurons eu de tout le voyage. Les lits sont parés de draps bien propres, nous avons des petites tables de nuit avec des lampes de chevet, un frigo, une salle de bain, et même une télé avec TV5 Monde ! Du grand luxe…

A Kalaw nous sommes à 1300 mètres d’altitude. Après la fournaise de Bagan, cela fait du bien de retrouver un peu d’air frais. La petite ville accueille aussi un très joli marché, sans doute l’un des plus beaux que j’ai vu durant mon voyage. Nous allons y faire un tour avant de partir pour notre trek de trois jours et deux nuits, en direction du Lac Inle.

[Pour voir plus de photos du marché: De Kalaw au lac Inle]

myanmar kalaw

Notre guide est une jeune fille birmane très sympa qui répond au nom de July. Nous marcherons donc en sa compagnie, ainsi qu’avec Augustin et Laure. Pendant ces trois jours, nous profitons des magnifiques paysages de la campagne birmane, des explications culturelles de July, et de l’hospitalité des habitants des petits villages qui nous accueillent pour la nuit. Une très chouette expérience.

myanmar vuemyanmar chat

myanmar villageois

A l’arrivée au lac, nous prenons un bateau pour rejoindre Nyaungshwe, petite ville sur la berge qui accueille les guesthouses.

inle bateau

Le lendemain nous partons en excursion sur le lac. Nous visitons différents ateliers d’artisanat.

myanmar bagan inle

inle tisseuseinle forgerons

inle artisanat

[Photos: De Kalaw au lac Inle]

La fin du voyage

Pour Emilie et moi, le lac Inle sera la dernière étape de ce voyage en Birmanie. Après une dernière journée de repos, nous prenons un bus de nuit pour descendre jusqu’à Bago.

Nous arrivons une nouvelle fois en pleine nuit et cette fois, sous une fine pluie. Nous décidons d’aller terminer la nuit à l’Empereur Motel, situé à deux pas, et de prendre un bus pour Hpa-An dans l’après-midi. Le Motel n’a d’impérial que le nom, et nous nous y reposons au son des klaxons.

Le bus pour Hpa-An n’arrivera jamais, il a eu un problème sur la route. Le mec qui s’occupe des bus nous arrange ça, et c’est encore mieux puisque nous prenons un bus de nuit qui nous emmènera directement à Myawaddy, la ville frontière avec la Thaïlande. C’est un pays pluvieux que nous quittons, la saison des pluies est au pas de la porte.

myanmar pluie

Le Myanmar, un pays à part

Ces quelques semaines passées au Myanmar ont été un moment à part dans ce voyage et ce pays m’a beaucoup marquée. Je pense qu’un voyage au Myanmar est différent de ce qu’on peut avoir l’occasion de vivre ailleurs en Asie du Sud-Est, surtout quand on compare à la voisine et moderne Thaïlande.

Ce que j’y ai trouvé marquant surtout, ce sont les gens. Un peu comme aux Philippines, la gentillesse hors du commun des Birmans donne une saveur particulière à ce pays.

Et puis les Birmans sont beaux ! Ils sont souvent souriants et ils sont très nombreux à porter leurs habits traditionnels qui varient d’une région à l’autre, d’une ethnie à l’autre. C’est coloré et plein de vie. Il y a le Thanaka aussi, dont les femmes surtout, aiment s’enduire les joues et se dessiner de jolis motifs sur les visages.

birmanes jaunemyanmar enfant

myanmar homme

Les Birmans sont aussi souvent très curieux quand ils croisent des étrangers mais tout en restant très respectueux. A la différence d’autres pays comme la Chine par exemple, où la curiosité des locaux peut parfois être un peu envahissante, les Birmans, malgré leur curiosité, restent discrets et respectueux.

Comme presque tous les étrangers au Myanmar, il m’est par exemple arrivé régulièrement que des personnes me demandent de prendre des photos avec elles. Mais cela s’est toujours fait dans le respect et a souvent été l’occasion d’échanges chaleureux.

Face à cette population, on a le sentiment particulier de représenter bien plus que juste une opportunité économique. On n’a pas l’impression d’être uniquement un portefeuille sur pattes. Le fait que les touristes soient là représente la récente (et relative) ouverture du pays, et un espoir de changement.

myanmar victoire

Le Myanmar est aussi un haut lieu du bouddhisme, les Birmans sont très religieux, et on y côtoie la religion et la spiritualité au quotidien. L’atmosphère de la pagode Shwedagon à Yangon, l’intemporalité de Bagan ou la vue sur les stupas dorés de Mandalay sont autant d’expériences et de sensations par lesquelles on peut se laisser transporter.

myanmar bouddhamyanmar dore

myanmar moines

La question des Rohingya

En parlant du Myanmar, et bien que je n’y ai pas été confrontée directement, il y a un sujet qu’il me semble difficile de ne pas aborder, c’est celui des Rohingya.

Pour résumer brièvement, il existe au Myanmar une population musulmane minoritaire, qui vit dans l’ouest du pays, dans une région qui s’appelle l’Arakan et qui se trouve près de la frontière avec le Bangladesh. Des moines bouddhistes extrémistes accusent ces populations de vouloir voler les terres des « vrais » birmans et incitent la population à les persécuter. Human Rights Watch, va jusqu’à parler de nettoyage ethnique.

Ce qui sûr c’est qu’il n’est pas évident d’avoir des informations régulières et précises sur ce qu’il se passe exactement dans ce coin reculé du monde et que la communauté internationale semble plutôt s’en désintéresser.

Pour en savoir plus, je vous conseille la lecture de ces articles:

Les Rohyngas: « la minorité la plus persécutée du monde » (Mr Mondialisation)

En Birmanie, des apatrides nommés Rohingya (Le Monde diplomatique)

myanmar arbre

Aung San Suu Kyi

Aung San Su Kyi est sans conteste la personnalité birmane la plus connue chez nous. Fille du célèbre général Aung San qui négocia l’indépendance du pays, et prix Nobel de la paix en 1991, elle fut placée en résidence surveillée par la junte militaire birmane pendant une vingtaine d’année. Elle a retrouvé sa liberté en 2010 et se fit élire comme députée en 2012.

Depuis lors, Aung San Su Kyi participe à nouveau à la vie politique birmane avec son parti, la Ligue nationale pour la démocratie. Un exercice qui relève parfois de l’équilibrisme…

Beaucoup de critiques lui ont été adressées ces dernières années lui reprochant notamment de ne pas condamner assez fermement les persécutions des minorités. Et s’il est évident que vu de l’étranger ce comportement n’est pas digne d’un prix Nobel de la paix, il ne faut pas sous-estimer l’impact de ce genre de positionnement sur l’opinion de la population birmane et donc l’avenir politique de celle qu’on appelle « la Dame de Rangoon ».

myanmar livremyanmar affiche

 

Il ne faut pas oublier que les Birmans disposent d’une information censurée et contrôlée par le régime en place. On s’en rend très bien compte, lorsqu’on aborde certains sujets « sensibles » tels que les Rohingya ou la légitimité d’Aung San Suu Kyi. Même les jeunes les plus éduqués ont une vision très partielle voire carrément faussée de la réalité.

J’ai par exemple abordé le sujet des Rohingya avec July, notre guide pour le trek vers le lac Inle. July a étudié à l’université, parle couramment anglais et est très fréquemment en contact avec des étrangers. Elle m’a pourtant expliqué que ces populations étaient des immigrés venant du Bangladesh et qu’ils venaient pour voler les terres des Birmans. Cette version de l’histoire étant la seule à laquelle elle a accès, elle ne comprend pas le comportement d’Aung San Suu Kyi qui, plutôt que de défendre son peuple, préfère défendre des étrangers.

Cet exemple concret nous donne une idée des enjeux et des manipulations qui se cachent derrière cette nouvelle et récente « ouverture » du pays. Le Myanmar est encore évidemment bien loin d’être un pays démocratique…

Photos qui accompagnent cet article:

Bagan

De Kalaw au lac Inle

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About the Author

Voyageuse depuis de nombreuses années, Charlotte parcourt le monde et partage ses carnets de voyage, ses conseils et ses réflexions sur son blog. Rejoignez-moi sur mon profil Google+



2 Responses to Myanmar, de Bagan au lac Inle

  1. Margot Bouder says:

    Bonjour Madame,

    J’aimerai savoir si vous avez gardé contact du guide pour le treck de 3 jours de Kalaw au lac ?
    Sinon super article !!

    Merci par avance

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