Carnets de voyage moutons wwoofing

Published on octobre 5th, 2014 | par Charlotte

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Moutons, champignons et Mormons, 10 jours de wwoofing en Estonie

Mercredi 3 septembre – Samedi 13 septembre

Après deux semaines et demie de voyage pendant lesquelles je me suis beaucoup déplacée, je me suis arrêtée une dizaine de jours en Estonie, dans la région de Tartu, pour faire un peu de wwoofing. Retrouvez la galerie photos dans « Photos de voyage » ou via le lien à la fin de cet article.

Mon arrivée

Je suis arrivée à Tartu le mercredi 3 septembre vers midi. J’ai profité de l’après-midi pour visiter le centre-ville. Tartu est une jolie petite ville universitaire, très agréable. En début de soirée je rejoins mes hôtes, Andres et Siiri et leurs trois enfants, Margot 8 ans, Aaron 4 ans et Carmen 2 ans. La famille vit la plupart du temps à Tartu, surtout pendant les périodes scolaires, et le reste du temps à la campagne, à une cinquantaine de kilomètres de la ville, dans un petit village près du lac Peipsi (lac qui marque la frontière avec la Russie). Ils ont passé l’été dans la maison à la campagne et ils viennent de rentrer à Tartu car c’est la rentrée scolaire et Margot doit aller à l’école.

estonie aaron

J’arrive donc le mercredi soir et je fais connaissance avec toute la famille. Andres et Siiri m’expliquent que les conditions de vie à la campagne sont assez rudimentaires et qu’il va falloir que je voie si cela me convient ou pas. Le lendemain nous partons en voiture avec Andres et Aaron alors que Siiri reste avec ses deux filles en ville. Aaron est très mignon, tout blond, même plus que blond. Il aime beaucoup me raconter des tas de trucs. Evidemment je ne comprends rien puisqu’il me parle en estonien. Dans un premier temps, j’essaie de lui faire comprendre que je ne comprends pas ce qu’il me dit mais sans grand succès, il me parle toujours autant et semble attendre des réponses de ma part. Du coup je lui réponds en français comme ça lui non plus ne comprend rien et nous pouvons discuter d’égal à égal.

La ferme

estonie fermeAndres fait des détours pour me montrer quelques endroits intéressants de la région, un château et le fameux lac Peipsi. Nous rejoignons le village d’Assikvere et nous longeons les prairies d’Andres dans lesquelles se promènent ses moutons. Nous arrivons ensuite à la maison. C’est une belle grande maison en bois, typiquement estonienne. A l’intérieur, pas de chauffage central ou électrique mais un poêle qui fonctionne au bois. Il n’y a pas non plus d’eau chaude, uniquement de l’eau froide au robinet, à utiliser avec parcimonie car l’évier n’est pas relié à une évacuation et l’eau usagée est récoltée dans un seau qu’il faut vider à l’extérieur à chaque fois qu’il est plein. La toilette c’est dans une petite cabane en bois dans le jardin. Autour de la maison, deux anciens bâtiments de fermes qui servent à entreposer du matériel divers et un grand hangar qui abrite le matériel agricole. Quelques (vieux) tracteurs, un grand potager, et puis, tout autour, les terres d’Andres, les prairies pour les moutons, et des petits bosquets. Avec un peu plus loin deux granges dont l’une sert à stocker le foin et l’autre est l’abri des moutons.

estonie grand-mereA un kilomètre de là, habite la mère d’Andres, dans une maison assez similaire. Elle y vit avec l’une de ses filles. Elles ont un énorme potager dans lequel poussent plein de légumes. Elles cultivent également des fleurs et vont régulièrement cueillir des champignons dans la forêt. Elle en fait bouillir une partie quelle met ensuite dans des pots pour les conserver pour l’hiver. Elle va aussi régulièrement vendre des petits bouquets de fleurs en ville. La maman d’Andres ne parle pas anglais mais elle est très gentille. Elle me fait des grands sourires et me donne des choses à manger. Nous laissons Aaron chez sa grand-mère afin de pouvoir commencer à travailler.

moutons estonie

On monte dans un des tracteurs et Andres me passe directement le volant pour que j’apprenne à conduire l’engin. Il m’explique que nous allons devoir construire des clôtures quelque part à l’autre bout de sa propriété. Les moutons ont trouvé des chemins à travers les bosquets pour s’échapper et se retrouvent dans les jardins des voisins. Il faut donc clôturer le terrain le long du bois et le long d’un petit étang. Nous allons chercher des poteaux, des rouleaux de grillages, des clous, une masse et un marteau et nous embarquons le tout dans la benne du tracteur et c’est parti. Nous travaillerons durant trois après-midi sur la clôture afin de la terminer. Ça prend beaucoup de temps car il faut transporter tout le matériel qui est très lourd, les distances à parcourir sont très grandes et un tracteur c’est vraiment très lent, surtout dans la prairie qui est pleine de trous.

Pour la douche, c’est chez la grand-mère dans le sauna. Se laver dans un sauna c’est trop bien ! Ici tout le monde a un sauna. C’est en général une cabane en bois dans le jardin, que l’on chauffe au bois. A l’intérieur il y a bien sûr des banquettes en bois pour s’assoir ou s’allonger mais aussi des bacs avec de l’eau chaude ou froide, des récipients divers qui servent à s’asperger d’eau ou à faire des mélanges pour obtenir de l’eau à la température désirée. Et puis des tas de savon, de shampooing et d’ustensiles de salle de bain. C’est très agréable de se laver dans le sauna car on se sent très propre quand on sort, presque purifié. Et puis on est vraiment bien réchauffé de l’intérieur. Après ça, on est prêt pour une bonne nuit de sommeil !

Jésus chez les Mayas

Pendant ces premières journées que ce soit pendant le travail ou en dehors, nous discutons beaucoup avec Andres qui aime parler. J’apprends ainsi qu’Andres est membre de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, une église chrétienne restaurationniste qui a été créée aux Etats-Unis. On appelle parfois les membres de cette Eglise les mormons car une partie de leurs croyances est basée sur le Livre de Mormon.estonie livre

Pour vous expliquer ce que j’ai compris en gros, les membres de cette Eglise croient que Jésus est le fils de Dieu venu sur terre pour apporter la bonne parole. Jusque-là, rien de très original. Par contre, ils croient qu’après être mort sur la croix, Jésus est réapparu sur la terre, mais de l’autre côté de la planète, c’est-à-dire quelque part en Amérique chez les mayas. Il est ensuite apparu à nouveau en 1820 à un certain Joseph Smith pour lui confier la mission de rétablir l’Eglise telle que Dieu l’a voulu car les hommes n’ont pas réussi à rester fidèle au message de Jésus. Quelques années plus tard, Joseph Smith reçoit la visite de Moroni (le fils de Mormon qui vécut aux alentours du 5ème siècle) puis d’un ange. Suite à ces différentes rencontres il publie le Livre de Mormon, un ancien récit rédigé par le prophète Mormon et son fils Moroni. Joseph Smith fonde ensuite l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours qui est aujourd’hui selon wikipédia la 4ème plus grande confession chrétienne aux Etats-Unis. Cette Eglise n’est pas officiellement considérée comme une secte mais certaines personnes se posent quand même des questions…

Donc me voilà en immersion chez les Mormons ! Je fais ce voyage aussi pour me confronter à d’autres cultures, d’autres façons de penser et de croire, donc c’est parfait. Je suis évidemment assez sceptique vis-à-vis de toutes les histoires qu’Andres me raconte surtout notamment quand il me parle de créationnisme. Les membres de cette église ne croient pas à la théorie de l’évolution. Ils pensent qu’avant notre existence terrestre nous existions déjà en tant qu’esprit et qu’après nous irons dans l’une des trois Gloire (céleste, téleste ou terrestre) en fonction de nos agissement sur terre. Tout cela est d’autant plus étonnant pour moi qu’Andres est un scientifique universitaire. Nous aurons donc tout au long de mon séjour de longues discussions à propos de la religion, de Dieu, et d’autres sujets. C’est plutôt intéressant et ce qui est agréable c’est que malgré le fait que nos débats soient parfois un peu houleux et que nous ne sommes pas du tout d’accord sur certaines questions, une fois la discussion terminée, nous pouvons simplement passer à autre chose sans problème.

Un dimanche à l’église

Le samedi nous rentrons à Tartu pour le week-end. Tous les samedi après-midi Andres joue au volley avec des missionnaires de l’Eglise. L’Eglise envoie des missionnaires à l’étranger, de jeunes américains, tout droit sortis du fin fond des Etats-Unis, qui à 19-20 ans partent prêcher la bonne parole. Ils restent en général un an ou deux dans le pays, apprennent la langue et tout ce qu’il faut. J’accompagne donc Andres mais je ne joue pas car j’ai un peu mal à la tête. Par contre les joueurs seront rejoints par deux jeunes filles tchèques qui viennent d’arriver en Estonie pour étudier. Il fait bon et l’ambiance est agréable.

estonie volley

Le dimanche c’est le jour de l’Eglise ! Toute la famille s’est mise sur son 31. Quant à moi je fais ce que je peux, je mets un jean et un t-shirt propre. Nous nous rendons en voiture à l’Eglise qui se trouve en fait dans des locaux à quelques minutes de la maison d’Andres et Siiri. J’y retrouve les deux jeunes missionnaires de la veille et on me présente à quelques autres personnes. Nous sommes le 1er dimanche du mois ce qui signifie que la cérémonie est un peu différente de d’habitude. Chaque personne qui le souhaite peut venir raconter ses réflexions ou quelque chose qui lui est arrivé durant le mois précédent et s’exprimer sur ce qu’elle a appris de cet événement et/ou le mettre en lien avec le message de Jésus. Avant le début de la cérémonie, j’ai reçu une oreillette qui me permet d’avoir en direct la traduction faite depuis le fond de la salle par l’une des jeunes missionnaires. Après les témoignages, les fidèles chantent quelques chansons et font la communion, chacun recevant un morceau de pain et un shot d’eau.

Après la cérémonie, il y a des sessions de travail, durant lesquelles les membres de l’Eglise réfléchissent ensemble sur des textes ou des parties des livres sacrés. A la place, les jeunes missionnaires américaines me proposent de s’installer quelque part pour discuter ensemble. J’accepte avec plaisir car ça me semble être une perspective plus réjouissante et nous nous installons dans une pièce vide, en rond sur nos chaises. Nous sommes 5 en tout, 3 missionnaires, une fille anglaise qui est installée à Tallinn depuis peu car elle a été engagée comme danseuse, et moi. Pendant une heure, nous discutons de la religion, de la foi. Les missionnaires sont très gentilles et me posent des questions sur mon voyage et ma vie spirituelle. Elles sont sincèrement convaincues que si je m’adresse à Dieu il me répondra et elles ont les yeux qui brillent quand elles répondent à mes questions et me parlent de Jésus. C’est assez impressionnant, voire un peu flippant, d’autant plus qu’elles sont quand même très jeunes.

Retour à la ferme

estonie balloteuseLe lundi matin, nous repartons à la campagne. Andres a un travail à faire pour des voisins : des ballots de paille. Comme les voisins n’ont pas l’équipement nécessaire, ils payent Andres pour le faire à leur place. On accroche donc la balloteuse au tracteur et on suit les rangées de paille étalée dans le champ. La machine ramasse la paille et en fait des ballots tout bien emballés et tout. C’est intéressant pendant 5 minutes et puis ça devient vite monotone. Je laisse donc Andres continuer tout seul dans le tracteur et je me dirige vers la maison pour aller dire bonjour aux voisins.

Je fais la connaissance de Valmar et Ana. Ils sont en train de repeindre leur maison alors je leur donne un coup de main. Ils sont tous les deux très sympas et intéressants. Valmar est très curieux et me pose plein de questions sur la Belgique et me demande mon avis sur plein de sujets. Il me demande très poliment si je fais partie de la même Eglise qu’Andres et j’en profite pour lui poser quelques questions là-dessus. Il m’explique que ça n’est pas du tout courant par ici, et il a l’air de considérer cela comme une secte mais je vois qu’il n’a pas trop envie de s’étendre sur le sujet sans doute car il n’a pas envie d’avoir l’air trop critique envers Andres devant moi.

Le mardi matin nous allons nous promener sur les terres pour vérifier que les moutons vont bien et que tout est en ordre car le lendemain c’est le jour de la tonte. L’après-midi, nous allons cueillir des champignons avec la grand-mère (la mère d’Andres). Nous discutons beaucoup même si on ne se comprend pas, un peu comme avec Aaron. La grand-mère est une championne du ramassage de champignons. Elle les repère de loin et les coupe et les nettoie avec son couteau en un rien de temps. Andres profite également de notre promenade dans les bois pour me montrer un abri. En Estonie comme dans les pays scandinaves, le camping sauvage est tout à fait autorisé et beaucoup de choses sont d’ailleurs mises en place pour le favoriser, notamment des abris à disposition de tous. Celui qu’il me montre est assez sommaire avec une table, des bancs, du bois et un coin pour faire du feu, mais d’autres sont beaucoup plus élaborés et sont de véritables cabanes dans lesquelles on peut dormir, trouver de la nourriture et tout ce qu’il faut. En début de soirée, nous repartons vers Tartu pour aller chercher Melis, un jeune gars qui travaille parfois pour Andres et qui va nous aider pour la tonte.

estonie champignons

Des moutons tout nus

moutons wwoofingLe lendemain nous préparons tout ce qu’il faut pour la tonte. Notre première mission est de préparer la grange des moutons pour les y accueillir. Il faut donc étaler de la litière (de la paille) partout. Andres nous apporte les ballots avec le tracteur et Melis et moi nous l’étalons avec des fourches. Nous devons également installer des clôtures temporaires pour diriger les moutons vers le bon endroit et préparer l’espace dans lequel devront travailler les mecs qui vont tondre les moutons. Notre seconde mission est de rassembler les animaux. Les moutons se promènent dans les prairies en groupes de quelques dizaines. Il y a environ 400 moutons répartis sur plusieurs hectares. Nous nous déployons donc de manière stratégique pour rassembler les différents groupes et diriger le troupeau dans la bonne direction et après une bonne heure de marche et de course à travers les prés, tous les moutons sont dans la grange.

Quand les « tondeurs » arrivent, ils commencent par installer tout leur matériel. Il faut aménager un enclos intermédiaire dans lequel les moutons sont amenés par petits groupes. Les mecs de la tonte ont des barrières spéciales pour cela qu’ils installent avec l’aide d’Andres et Melis. Ensuite ils attrapent les moutons un par un pour les tondre et une fois que c’est fait ils les relâchent et les moutons s’en retournent tout nus dans la prairie. Pendant qu’ils tondent les moutons déjà adultes, et que Melis ramasse la laine, Andres et moi nous nous occupons de mettre des étiquettes aux oreilles des plus jeunes. Andres les attrape, m’indique la couleur et le sexe et mon rôle est de noter ces informations à côté du numéro qu’on leur attache à l’oreille. Les mâles et les femelles reçoivent des étiquettes différentes car les mâles doivent en avoir une avec une puce. Nous devons avoir étiquetés tous les jeunes dans le temps que les tondeurs tondent tous les adultes. Avec les premiers groupes nous devons aller très vite car il y a une grande proportion de jeunes. Ils sont moins expérimentés donc ils sont les premiers à se faire encercler dans l’enclos intermédiaire.

estonie moutons

Les tondeurs travaillent très vite. Pour tondre un mouton ça leur prend entre une et deux minutes. Ils sont payés au mouton et ils ont un petit compteur accroché près de leur tondeuse qu’ils cliquent à chaque fois qu’ils en ont terminés un. Le travail est très physique. Ils doivent d’abord attraper le mouton, le sortir de l’enclos et l’amener jusqu’à la tondeuse sans le laisser s’échapper. Il faut ensuite le maintenir pendant la tonte et le travail se fait plié en deux. Les mecs sont en sueur. Ils ont un petit essuie près d’eux avec lequel ils se sèchent régulièrement et ils boivent des litres d’eau. Dans leur camionnette ils ont aussi des t-shirt et des pantalons de rechange car ils transpirent tellement qu’ils doivent changer de t-shirt plusieurs fois pendant la tonte et qu’ils se changent complétement quand ils sont terminé. Ils travaillent pendant plusieurs heures et quand le soir tombe il faut installer des lampes pour qu’ils puissent continuer…

Derniers jours

Les deux jours qui suivent, nous effectuons différents travaux. Il faut ramasser les carottes dans le potager et les stocker à la cave. On doit aussi réparer les ballots de foin avec du scotch car les oiseaux y font des trous. Andres nous montre ses vieux tracteurs soviétiques increvable qu’il utilise toujours. On déplace des sacs de graines et on fait du rangement dans les granges. Le soir, on regarde des films débiles que Melis a apportés et on va manger chez la grand-mère. C’est l’heure des adieux avec la grand-mère car le lendemain nous rentrons à Tartu et c’est la fin de mon wwoofing en Estonie.

wwoofing estonie

Dans le prochain article, je visite Saint-Pétersbourg et Moscou avant de prendre le transsibérien à travers la Russie. En attendant, si vous voulez voir le reste des photos du wwoofing en Estonie c’est: Wwoofing en Estonie, les photos.


About the Author

Voyageuse depuis de nombreuses années, Charlotte parcourt le monde et partage ses carnets de voyage, ses conseils et ses réflexions sur son blog. Rejoignez-moi sur mon profil Google+



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