Carnets de voyage jungle cambodge

Published on octobre 30th, 2015 | par Charlotte

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Dans la jungle du Cambodge

Du 8 au 26 juin 2015

Après ces deux semaines passées dans le sud du Laos, j’arrive au Cambodge. Je passe deux jours à Phnom Penh avant de partir en direction du sud-ouest, vers Tataï, dans la région de Koh Kong, près de la frontière thaïlandaise. Je vais passer trois semaines dans la jungle.

cambodge chemincambodge jungle

 

J’ai rendez-vous avec Thomas près du pont à l’entrée de Tataï. Thomas a une cinquantaine d’année et vit en Asie depuis plus de 20 ans et au Cambodge depuis quelques années. Il a créé le Neptune Adventure Lodge où il accueille les touristes qui veulent découvrir la jungle, les mangroves et les cascades alentour. Quant à moi, il va m’héberger dans les semaines à venir, en échange d’un coup de main.

On accède au Neptune Lodge par la rivière qui remonte dans la jungle. Thomas m’attend donc avec un bateau et l’un de ses deux employés cambodgiens. Il a profité de sa venue « en ville » pour faire quelques courses.

cambodge bateau

Nous montons à bord du bateau et nous nous enfonçons dans la jungle. Après un bon quart d’heure, nous arrivons à destination. On décharge, on range les courses dans la cuisine et Thomas me fait faire le tour du propriétaire.

Il a construit 4 bungalows pour les touristes. Chacun de ceux-ci a été bâti en éco-construction, avec des matériaux locaux et/ou récupérés. Chaque bungalow est différent mais ils ont tous en commun d’être très ouverts sur l’extérieur, et de bénéficier de grandes terrasses. Dans les salles de bain, c’est douche à la cambodgienne, c’est-à-dire un grand tonneau rempli d’eau, et on s’arrose soi-même avec un petit seau. Il y a un peu d’électricité le soir grâce à quelques panneaux solaires.

cambodge bungalow

cambodge terrassebungalow jungle

bungalow cambodge

Des conditions de vie très simples donc, mais dans un cadre hors du commun. La province de Koh Kong est en effet l’une plus préservées et sauvages du pays.

Mon bungalow à moi, situé tout près de la rivière, est tout petit et encore plus simple que les autres mais il y a ce qu’il faut. Quatre murs, un toit, une entrée (mais pas de porte), un sommier avec un matelas, une barre pour accrocher mes vêtements sur des cintres, une petite table, une chaise, et une chambre à air de tracteur (qui n’a pas vraiment d’utilité mais elle est là).

bungalow riviere

Et pour la salle de bain, c’est à une centaine de mètres, de l’autre côté du petit pont. Pendant trois semaines, c’est à l’extérieur que je vais vivre. Le seul vrai bâtiment en dur c’est la cuisine. L’électricité est limitée à ce que les panneaux solaires ont emmagasiné dans la batterie, et la connexion internet, obtenue grâce à une clé spéciale, est plus que très très lente. Deux glacières font office de frigo, et on achète de la glace à chaque fois qu’on va à Koh Kong pour faire les courses.

Thomas me présente les autres habitants de l’endroit. Il y a d’abord Prong et son père. Ils travaillent pour Thomas et s’occupent un peu de tout, notamment de l’entretien des bateaux et des bungalows.

Et puis il y a Simba, Small Boy et Akari. Simba et Small Boy sont les chiens de Thomas tandis qu’Akari est un jeune chien adopté récemment par Prong. Je me lie très rapidement avec Small Boy qui deviendra mon meilleur ami dans la jungle. Il dort avec moi la nuit, au pied de mon lit, ce que je trouve plutôt rassurant étant donné tous les bruits non identifiés qui me parviennent de la forêt et de la rivière.

cambodge chienchien cambodge

 

Il y aussi les volailles qui se baladent. Quelques poules et un dindon qui forment une vraie petite communauté. Ils sont rigolos à observer quand ils se promènent en picorant, tous ensemble ou en petits groupes.

cambodge poulecambodge dindon

 

Mon endroit préféré au Neptune Lodge c’est le ponton, construit sur la rivière. Il y a là une table à manger avec quelques chaises et deux hamacs, et surtout, une magnifique vue sur la rivière. J’y admire les arbres et l’eau, qui change de sens en fonction des marées (la mer n’est pas loin) et de couleur en fonction des averses.

cambodge riviere

Les premiers jours il fait beau, le soleil brille. Je me prélasse à l’ombre, dans un hamac du ponton. La journée il fait vraiment très chaud alors on se met au travail en fin d’après-midi. On s’occupe d’entretenir la propriété et notre boulot principal c’est de couper les herbes hautes qui envahissent tout l’arrière du terrain et qui ont totalement recouvert les ananas que Thomas y avait planté. Même en fin d’après-midi il fait toujours très chaud, et on est en sueur en quelques secondes.

cambodge herbe

cambodge brouetteananas cambodge

 

Après 4 jours sans une goutte, la pluie arrive. Quelques averses, alternant avec de belles éclaircies. La pluie fait du bien, elle rafraichit l’atmosphère. La terre a soif, le sol absorbe l’eau comme un désert.

Nous sommes au mois de juin, c’est la fin de la saison sèche et le début de la basse saison. Quand la pluie arrive, les touristes s’en vont, et il fait donc très calme au Neptune Lodge.

Sur la durée de mon séjour, nous accueillerons quand même des touristes trois fois. Je m’occupe alors de nettoyer les bungalows et de préparer les lits et j’aide Thomas pour l’intendance générale, la cuisine, le service, la vaisselle, etc.

cambodge ponton

Thomas est un très bon cuisinier et c’est lui qui prépare les repas pour les clients et pour nous. Nous mangeons sur le ponton, les chiens à nos pieds. La nourriture est simple mais bonne, du riz, des légumes, des pâtes, et des pancakes aux ananas du jardin.

Quand le soleil revient j’en profite pour prendre un kayak et aller me promener sur la rivière à la force de mes petits bras. Small Boy m’accompagne et nous atteignons une jolie cascade. Nous revenons à travers les mangroves.

Aussi, parfois, le matin, je vais marcher dans la jungle.

cambodge kayakjungle chien

 

Les jours passent et la pluie s’y invite de plus en plus régulièrement. Pareils pour les nuits. De violents orages éclatent, le ciel s’illumine et l’eau tombe en trombes. On se met à apprécier les moments où le soleil montre le bout de son nez, ces moments de plus en plus rares.

On s’habitue à la pluie. Elle va, elle vient, elle fait partie du décor. J’apprends à la connaitre. Avant qu’elle n’arrive, on entend d’abord le vent qui souffle dans les arbres et imite déjà son bruit avant qu’elle ne soit vraiment là.

Des fois je pars aux toilettes sous un ciel sec et quand j’en reviens il pleut à verse et je dois courir à travers les gouttes. Il devient difficile de faire sécher la lessive ou même simplement ses vêtements mouillés par la dernière averse. Nous avons des clients qui arrivent et laver et faire sécher les draps devient un véritable défi. Je pends le linge, j’observe le ciel, j’écoute le vent, et quand la menace se précise, je cours pour les détacher. J’installe des câbles à l’abri un peu partout sous les bungalows.

cambodge pont

Deux semaines après mon arrivée, un lundi, il commence à pleuvoir dans la matinée. Et ça ne s’arrêtera plus. Ni le jour, ni la nuit. Le ciel est bouché et la lumière peine à traverser l’épaisse couche de nuages.

Moins de lumière du jour c’est aussi moins d’électricité et les panneaux solaires n’arrivent plus à couvrir nos besoins. On ne peut plus recharger les ordinateurs à fond et on doit souvent terminer de cuisiner avec nos lampes frontales.

cambodge lumiere

Quand il y a des rafales de vent, l’eau entre à l’intérieur de mon bungalow. Puis l’eau commence à s’infiltrer par le toit. Le taux d’humidité grimpe en flèche et j’attrape des petites plaques rouges dans les creux des bras. Les chemins, transformés en petits ruisseaux, deviennent impraticables. Le sol n’absorbe plus autant et le ciel redouble d’efforts pour l’arroser. Bientôt mes chaussures ne sèchent plus et l’intérieur de mon kway est aussi trempé que l’extérieur.

La rivière sort de son lit, le ponton est inondé. Je commence à craindre pour mon bungalow… La nuit je me lève toutes les deux heures pour vérifier le niveau de l’eau. Quand la marée a remis la rivière dans son lit, je retourne dans le mien l’esprit plus tranquille.

riviere cambodge

La pluie ne s’arrête plus et forme un rideau oppressant. L’humidité s’infiltre partout et la jungle devient hostile. Autant il était agréable de vivre à l’extérieur quand la météo était clémente, autant dans ces conditions, ça devient plus difficile.

La sensation d’humidité permanente est ce qui m’a le plus dérangé, surtout quand j’ai commencé à m’inquiéter pour mon ordinateur, mon appareil photo et toutes mes affaires en général (des traces d’humidité apparaissaient sur mon sac à dos). Le désœuvrement ensuite, devient pesant. Il n’est plus question de travailler dehors, et il n’y a pas d’internet. Je lis beaucoup.

L’électricité limitée nous permet aussi de regarder un film de temps en temps, mais avec des sous-titres car le bruit de la pluie couvre le bruit du film. Le reste du temps on regarde tomber la pluie en buvant du thé. Pendant des heures.

cambodge arbre

Le jour où je suis partie, j’étais contente de partir. Contente de retourner vers la civilisation, la ville, le béton, l’air conditionné, et l’électricité à volonté. Rien de tel qu’un petit passage par la jungle en pleine saison des pluies pour se souvenir du confort extrême que représentent un lit sec, une douche chaude, et des vêtements propres.

Je garde évidemment malgré tout un très bon souvenir de mon passage au Neptune Adventure Lodge et de mes trois semaines passées dans la jungle, une expérience à part dans ce voyage. Déjà parce qu’il n’a pas plu tout le temps et que sous le soleil l’endroit était juste extraordinaire. Et puis parce que, même sous la pluie, l’expérience était intéressante. Dans ces conditions, le rapport au temps et à l’environnement change et on se retrouve confronté aux éléments bruts.

Le temps de quelques jours j’ai appris à apprécier l’ennui, n’ayant pas vraiment d’autre choix. C’était subir ou décider d’apprécier. Et contempler la pluie qui tombe dans la jungle, c’est une activité qui peut se savourer, tout comme la chaleur d’une tasse de thé.

cambodge jardin


About the Author

Voyageuse depuis de nombreuses années, Charlotte parcourt le monde et partage ses carnets de voyage, ses conseils et ses réflexions sur son blog. Rejoignez-moi sur mon profil Google+



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